La maison de grand-mère

La maison de grand-mère - Etienne Duluth

Quand j’étais jeune, nous avions l’habitude de passer nos vacances dans la maison de mes grands-parents. C’était une maison assez spéciale, car mon grand-père l’a construite de ses propres mains. Il a tout fait pour que la structure de la maison soit conviviale et accueillante. Quand j’y emmenais des amis d’enfance, ils insistaient toujours pour revenir, car l’endroit était vraiment incroyable. C’était une petite maison blanche rustique, entourée d’arbres. Mais ce qui faisait principalement son charme, c’était parce qu’elle était bâtie au bord d’un lac. Quand ma grand-mère est morte, ma mère n’a plus voulu qu’on y aille ! Elle disait qu’elle ne supportait pas la tristesse qu’elle ressentait, lorsqu’elle regardait les affaires de ma grand-mère notamment, ses vieux meubles, ses vêtements, et surtout, le pommier qu’elle a planté dans la cour. Moi, par contre, j’aimais bien passer mes weekends là-bas. Ce n’est pas parce que ma grand-mère ne me manquait pas, mais parce que c’était un moyen pour moi de me rappeler d’elle. C’est là que j’y ai rencontré ma femme, elle faisait une enquête pour une compagnie de livraison de colis et m’a demandé si je recevais correctement mes lettres. Je suis tout de suite tombé amoureux d’elle. Nous passions presque tous nos weekends dans cette maison. En effet, Florence ma femme aimait la tranquillité, le calme, le paysage, mais surtout cette sensation qu’on était seuls au monde, que procuraient les lieux. C’est là également que je lui ai demandé sa main. Elle m’a même demandé si on pouvait organiser la cérémonie de mariage là-bas. L’idée ne me déplaisait pas et je voyais déjà les chapiteaux blancs alignés au bord du lac, des ballons roses accrochés aux arbres et une statue de glace au milieu du jardin. Bref, je me disais bien que l’endroit était idéal pour recevoir un mariage. Le problème, c’est que ma mère ne supportait pas d’y mettre les pieds. Je voulais abandonner l’idée, mais je ne voulais pas décevoir Florence. J’ai donc décidé d’en parler à ma mère. Je lui ai raconté que j’aimerais bien organiser la réception de mon mariage dans la maison de grand-mère. J’ai vu dans ses yeux une profonde mélancolie, mais aussi une grande joie. Elle m’a dit que c’était l’occasion pour elle d’affronter la réalité. Une réalité qui n’est pas si triste, car ma grand-mère a connu une belle vie. Elle m’a ensuite demandé si on pouvait choisir la couleur préférée de grand-mère comme thème de notre mariage, ce serait un bel hommage a-t-elle ajouté. Comme quoi, c’est derrière les choses qui nous rendent tristes que se trouvent la source du vrai bonheur.