Un départ pour Marrakech

Un départ pour Marrakech - Etienne Duluth

Carla voulait fêter ses dix-huit ans à Marrakech. Elle avait choisi cette destination, parce qu’elle la connaissait bien, et c’est là qu’elle avait passé ses plus belles vacances.

Ses parents s’étaient séparés très tôt, lorsqu’elle était encore une toute petite fille. Puis sa mère avait rencontré à Montréal, un riche américain avec qui elle avait eu deux autres filles. Leur vie était cependant compliquée, parce que John ne souhaitait pas divorcer de sa femme. Depuis longtemps, il vivait des aventures extra-conjugales, mais pour des raisons financières, il n’avait jamais envisagé le divorce. Il y aurait perdu la moitié de sa fortune…

John avait donc toujours continué de vivre avec sa femme à New-York, et une fois par mois, il se rendait à Montréal pour passer une partie de son temps avec sa deuxième famille. Chaque fois qu’il partait en voyage d’affaires, il achetait cinq billets d’avion et voyageait Sofia, la maman de Carla, Carla et leurs deux filles. Les vacances se passaient souvent sur un Yacht, à naviguer entre deux ports, et découvrir les pays côtiers de l’Atlantique ou de la Méditerranée. Ainsi, Carla avait beaucoup voyagé, mais de tout de ce qu’elle avait vu, c’était Marrakech qui lui laissait le plus beau souvenir.

Elle avait traversé des pays opulents, des pays plus pauvres, côtoyé des musulmans comme des bouddhistes et des juifs, mais de tout ce qu’elle avait aimé le Maroc était le pays dans lequel elle se sentait à sa place. Il n’y avait que très peu de Canadiens là-bas, mais beaucoup de Français, et elle s’y sentait comme chez elle. C’est pourquoi, lorsque sa mère lui avait proposé de partir en Thaïlande pour fêter ses dix-huit ans, elle avait suggéré Marrakech à la place.

Sofia n’avait pas été si surprise que ça, car malgré les goûts de luxe de ses sœurs, Carla était restée très simple dans ses choix, ses attirances et ses goûts. Elle préférait les vacances au cœur d’une maison familiale que dans un hôtel de luxe. Elle avait le sentiment que l’argent corrompait les gens et les relations humaines et sociales. Elle n’avait pourtant pas encore dix-huit ans, mais déjà compris beaucoup de choses concernant les méandres du fonctionnement des sociétés dites civilisées. Elle n’y trouvait pas toujours sa place.

Sofia avait donc acheté des billets d’avion pour Marrakech, et les avait offerts à Carla lorsque celle-ci ne s’y attendait pas, alors qu’elle prenait un thé sous l’abri soleil mural de la terrasse du salon. Carla attendait le départ avec impatience.